Tribune cosignée par Paul Guermonprez, Céline Alléaume et Alain Dolium, Membres du Mouvement Démocrate.

Notre aide, nos pensées, vont aux Japonais qui luttent contre les conséquences des tremblements de terre, tsunami et catastrophes nucléaires. Aujourd'hui, c'est à l'observation des réactions si impressionnantes de dignité du peuple japonais d'une part et, du décalage éprouvant des différentes prises de positions françaises telles qu'elles se sont exprimées dès samedi 12 mars, à travers l'ensemble de nos media nationaux, que nous souhaitons poser les premiers enseignements que nous tirons en citoyens libres et soucieux de participer de l'émergence d'un débat serein et sans dogme sur l'avenir énergétique de notre pays.

Les catastrophes ne se gèrent pas, elles se préparent

Les citoyens Japonais étaient préparés, et ce n'est pas un hasard : chaque année une journée est consacrée aux répétitions grandeur nature et à la sensibilisation de la population. Ils savaient ce qu'il fallait faire en cas de tremblement de terre, ils avaient répété les gestes qui sauvent. Et ces gestes ont probablement sauvé bon nombre d'entre eux, en tout cas face au tremblement de terre.

Les citoyens Français ne sont eux pas préparés ni informés à l’avance. Les habitants des zones inondables avaient eu pour consigne de rester chez eux lors de la tempête Xynthia, consigne utile face au vent mais les condamnant à la noyade en cas d'inondation. Savaient ils qu'ils habitaient en zone inondable ? Que savent les Corses ou les Guadeloupéens de la prévention des tremblements de terre, alors que les séismologues y prédisent de très violents séismes ? Ou sont les cartes publiques des risques, officielles, destinées à la population par territoire ? Certains risques sont évitables, d'autres non, mais dans tous les cas nous exigeons, en tant que citoyens, d'avoir accès à une liste des risques connus que nous encourrons, des mesures que nous devons prendre pour nous y préparer et être formé aux gestes qui sauvent.

Discours de vérité

Si nous n'avons aujourd'hui pas de prévention efficace, c'est que la prévention doit obligatoirement s'accompagner d'un discours de vérité sur le risque. Attendre la catastrophe pour avoir des informations honnêtes est la recette du désastre. La communication Française à propos du nuage de Tchernobyl est dans toutes les mémoires. Il ne s'agit pas que de mensonge : un discours honnête aurait permis d'éviter de consommer des aliments alors contaminés, surtout dans les régions est et Corse. Plus récemment, que savions-nous lors de la tempête de 1999 du problème d'inondation majeur de la centrale de Blayais ?

D'un côté, les politiques en charge de la sécurité préfèrent nous bercer d'illusions. Ils croient le peuple immature, incapable de recevoir un discours de vérité. De l'autre, nous l'acceptons collectivement.

Ils nous garantissent un risque zéro et nous assurent qu'ils gèrent totalement la situation en secret. En exigeant le risque zéro, le citoyen Français demande qu'on lui mente. Ils nous prennent pour des enfants, nous nous comportons comme tels.

L'illusion nourrie d'une société sans risque est notre premier danger

Il ne s'agit pas que de communication ou de sentiments : en rejetant tout risque, en promettant le risque zéro, nous empêchons toute politique de réduction des risques ouverte et efficace. Par exemple, si tous les français avaient chez eux de l'iode, et pas seulement ceux qui habitent dans un rayon de 10km d'une centrale ? Si une carte des risques claire était publique, et le seuil de résistance des centrales nucléaires aussi ? Peut-être n'aurions-nous pas de centrales construites dans des régions à risque comme la vallée du Rhône (séisme) ou directement sur la côte atlantique (inondations). Peut être les plus anciennes de nos centrales, construites à partir de cahiers des charges encore plus anciens, seraient fermées.

Notez la superposition entre des régions denses en centrales et sites de forts séismes :

centrales_nucleaires.png
(Eric Gaba – Wikimedia Commons)

sismicite_France.jpg
www.planseisme.fr

Le résultat serait bien sur une opinion publique plus mure, sensibilisée aux risques, mais ces risques seraient grandement réduits, les décisions d'implantation plus rationnelles et la prévention plus efficace.

Nous ne savons pas si la centrale nucléaire de Fessenheim doit fermer. Nous n'avons pas les éléments pour nous construire une opinion informée. Ce que nous savons par contre c'est que le climat irrationnel, fruit de la rencontre entre un militantisme aussi enflammé que radical d’un côté et le manque d'information de la part des pouvoirs publics de l’autre enferment le décideur politique dans une situation dangereuse.

Même si la fermeture de Fessenheim s'avérait techniquement nécessaire, elle ne pourrait l'être pour des raisons politiques. Le signal envoyé serait une capitulation d'un pouvoir perçu comme pro-nucléaire. Même si l'implantation d'une centrale était peu judicieuse dans une région à fort risque sismique, elle le sera : comment continuer à vendre des centrales à l'Italie si nous refusons nous même de construire dans le sud-est ? Même si avoir de l'iode dans tous les foyers français était la meilleure façon de protéger au minimum la population en cas d'accident majeur, nous n'en aurons pas : le mythe bien français "ça ne peut pas arriver chez nous" n'y résisterait pas. Comment expliquer que la mesure est justifiée en 2011 sans implicitement critiquer le non déploiement des décennies précédentes, et donc l’évaluation du risque par les pouvoirs publics en général ?

Satisfaire un élan irrationnel ou entendre un discours de vérité ?

En politique, considérer l'honnêteté ou l'intelligence du décideur ne peut suffire. Face à des opinions publiques volatiles, bon nombre de décideurs politiques préféreront gérer l’émotion immédiate que prendre ce qu’ils savent être la bonne décision. Nous sommes tous humains certes, mais être conscient du facteur émotif permettrait peut être d’éviter certaines erreurs. Surfant sur l’émotion, les Verts voudraient un referendum rapidement, comme d’autres reforment le code pénal après un fait divers atroce. Pour notre part, nous souhaiterions éviter que notre politique énergétique ressemble au délire sécuritaire de LOPPSI2.

Que le choix d'avoir 80% d'électricité nucléaire dans un pays soit un choix politique, soit, nous aurons en 2012 l’occasion d’en débattre sérieusement et sereinement. Demandons nous par contre comment les politiques influent sur la mise en œuvre technique de cette politique ? Nul ne doute que nous ayons d'excellents ingénieurs et chercheurs en France, mais à quel point la décision d'implantation et le cahier des charges d'une centrale nucléaire est-il soumis à des impératifs politiques ? Nos décideurs politiques actuels se plaisent à se prendre pour des Rois Soleils, seraient-ils venus à croire qu’ils peuvent en maitriser son énergie ? Alors que le développement des technologies nucléaires est le triomphe de la rationalité et l'intelligence humaine, sa gestion politique est le reflet de notre irrationalité.

Nous ne serons rassurés que lorsque les décideurs politiques nous donneront les informations permettant d’exercer notre libre arbitre, et mettront en place une politique rationnelle de prévention des risques. Plus qu’un débat enflammé et caricatural sur le nucléaire, voilà le sujet dont nous aimerions que les Français se saisissent.

Paul Guermonprez, Céline Alléaume et Alain Dolium.
Membres du Mouvement Démocrate.